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La tour de l’horloge squattée

À la Révolution française, les bâtiments de l’abbaye de Savigny furent déclarés biens nationaux, avant d’être vendus à des particuliers. Une exception fut toutefois faite pour la tour de l’horloge, qui demeura réservée à la commune.( Le nom de la tour fait référence aux cloches en son sommet qui indiquaient l’heure des prières aux moines )

Cette situation allait néanmoins donner lieu, au cours des années suivantes, à un différend entre la municipalité et un particulier. En 1832, lorsque le conseil municipal de Savigny envisagea d’utiliser la tour pour y installer une horloge, il constata que celle-ci était occupée par M. Ponchon, qui s’en servait comme remise.

La maison du Cellerier contiguë à la tour de l'horloge

L’origine de cette occupation remontait à la vente des biens nationaux. Le sieur Ponchon avait alors acquis la maison du Cellerier, contiguë à la tour, et avait pratiqué une ouverture dans le mur de celle-ci afin de pouvoir utiliser le bâtiment comme dépendance.

 

La situation apparaissait d’autant plus singulière que la commune avait toujours considéré la tour comme un édifice public. À plusieurs reprises, elle en avait fait usage sans que M. Ponchon ne s’y oppose. Ainsi, le drapeau du gouvernement y avait été placé à différentes occasions. En 1816, la municipalité avait fait réparer le clocher de l’église paroissiale en utilisant les tuiles provenant d’un clocheton situé au sommet de la tour. Puis, en 1830, elle avait fait prélever dans la tour des graviers destinés à la réparation des chemins vicinaux. M. Ponchon n’avait alors formulé aucune opposition à ces interventions. De la même manière, la commune n’avait pas, dans un premier temps, contesté l’ouverture pratiquée par celui-ci dans la tour.

Lorsque le projet d’y installer une horloge fut envisagé, la municipalité décida cependant de régulariser la situation et de faire valoir ses droits sur l’édifice.

Le 11 mai 1832, le conseil municipal prit une délibération particulièrement explicite. Constatant que M. Ponchon était incapable de produire un titre établissant sa propriété sur la tour, la commune décida de faire boucher l’ouverture qu’il y avait pratiquée, afin d’en reprendre entièrement possession et d’y installer l’horloge communale.

L’affaire ne s’arrêta toutefois pas là. Le 10 novembre 1833, le maire donna lecture au conseil municipal d’une lettre du préfet faisant connaître la décision du conseil de préfecture, qui autorisait la commune à prendre possession de la tour. En conséquence, la municipalité demanda que M. Ponchon soit traduit devant les tribunaux afin d’être contraint de libérer le bâtiment.

Tour 1
La maison du cellerier et la tour de l'Horloge

Le différend semble avoir trouvé son dénouement quelques années plus tard. Le 7 janvier 1835, le conseil municipal manifesta officiellement son intention d’acquérir la tour. Cette délibération laisse penser que M. Ponchon en avait entre-temps libéré les lieux, permettant à la commune d’envisager désormais une acquisition définitive.

La valeur de l’édifice fut ensuite déterminée par l’administration. Le 1er février 1836, l’expert de la préfecture estima la tour à 130 francs. Quelques semaines plus tard, le 20 mars 1836, le conseil municipal donna son approbation à l’achat.

Ainsi, près d’un demi-siècle après la Révolution, la question de la tour de l’horloge trouvait enfin une issue. D’abord préservée lors de la vente des biens de l’abbaye parce qu’elle était destinée à la commune, puis occupée pendant plusieurs années comme dépendance d’une propriété privée, la tour allait finalement devenir pleinement propriété municipale.

Mais l’histoire réserve parfois de savoureuses ironies. Le temps passant, l’horloge que la commune avait précisément achetée dans le but de l’installer au sommet de la tour ne devait finalement jamais y officier. Elle fut installée dans le clocher de la nouvelle église, où elle continua à donner l’heure aux habitants de Savigny pendant plus d’un siècle, jusqu’aux années 1990

Texte Sylvie Montoux d’après les délibérations des conseils municipaux