Avant de présenter l’infirmière de Savigny, il est indispensable de se remettre dans le contexte de l’époque, jusqu’aux années 1950.
Il y avait le docteur Guien à Sain-Bel, un à Bessenay et trois à l’Arbresle.
A Sain-Bel les consultations au cabinet avaient lieu le matin, il y avait fréquemment plus de dix personnes qui attendaient patiemment, parfois même dans le couloir. Les visites à domicile du Dr Guien avaient lieu l’après-midi. Il se déplaçait avec sa moto ou sa 4CV et terminait très tard dans la soirée. Dans les cas les plus graves, les transports aux hôpitaux étaient effectués par l’ambulancier Mr Meneuse de Sain-Bel souvent accompagné par un proche. Il est plus aisé de comprendre le rôle que pouvait jouer l’infirmière de Savigny.
Louise partait à pied ou à bicyclette rendre visite à ses patients, par tous les temps, dans la campagne de Savigny pour prodiguer les soins.
Quelques fois, en hiver, on venait la chercher avec le cheval, mais c’était très rare.
Les infections pulmonaires étaient très redoutées, n’oublions pas que la tuberculose faisait des ravages. Louise venait appliquer les cataplasmes ou les ventouses. Elle avait l’habilitation pour pratiquer les ventouses scarifiées, à l’époque, celles-ci étaient très importantes. C’était souvent elle qui prenait la décision de faire venir un médecin. En tant qu’infirmière, elle avait le téléphone à son domicile.
Pour les maladies infantiles, c’était elle qui intervenait. Elle passait en soirée pour les badigeonnages de la gorge avec le bleu de méthylène, la prise de température et, si nécessaire, la prise d’un cachet d’aspirine.
Il n’y a pas eu une seule famille de Savigny qui n’ait pas eu recours au service de « la Louise » pour les piqûres ou autres soins. Mais la prescription, depuis 1949, de la pénicilline, qui se faisait uniquement par injection et devait être répartie sur vingt-quatre heures, l’obligeait à intervenir plusieurs fois de jour et parfois même de nuit.
N’oublions pas qu’elle faisait aussi de la confection à domicile pour les Ets Peillon qui fabriquaient des rideaux, puis pour le compte des Ets Perrier qui confectionnaient des vêtements de travail. Cela lui donnait davantage de souplesse pour effectuer sa mission d’infirmière. L’usine était installée au Gappas.
Elle était revenue à Savigny pour aider son père grand blessé de guerre, amputé des deux jambes depuis le 16 juillet 1917, Il devait décéder le 20 février 1919 à Savigny.
Elle a ensuite aidé sa sœur Marie-Louise pendant sa maladie, jusqu’au décès de celle-ci, le 24 mai 1933.
Par la suite, elle assista sa mère, victime d’un « AVC » nécessitant des soins et un accompagnement permanent.
Elle avait validé son diplôme d’infirmière en 1943..
Elle fut la première femme conseillère municipale de Savigny, à la suite des élections du 19 octobre 1947.
Très sensibilisée aux problèmes d’hygiène et de santé, elle s’est battue pour la suppression de l’épandage des fosses d’aisance au Pré du Moine, à l’époque pâturage communal. Une solution fut finalement trouvée.
Elle soutenait avec ferveur l’urgence d’avoir de l’eau potable à Savigny. L’eau du réseau de distribution arrivera en 1959 !
Les enfants de Savigny étaient régulièrement victimes de la jaunisse (aujourd’hui hépatite A), de la colibacillose et l’été il y avait des cas de fièvre typhoïde. Toutes ces infections étaient directement liées à la mauvaise qualité de l’eau que les savignois buvaient.
Elle défendait ses idées avec beaucoup de vigueur dans ce milieu masculin.
Elle était la correspondante de la Sécurité sociale à Savigny depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale et aidait les personnes en difficulté avec ces nouvelles mesures.
A la cessation des activités de l’entreprise Perrier, elle s’était installée à Lyon pour travailler à la grande Pharmacie lyonnaise, puis comme infirmière à l’établissement Trévoux fabricant de Balances industrielles à Oullins. Mais, le week-end, elle était toujours présente à Savigny. Elle faisait partie des personnes du bureau de bienfaisance, (devenu aujourd’hui action sociale). Les réunions se tenaient le dimanche après la messe à la Mairie.
Mais qui était Louise ?
Elle était née le 5 décembre 1903 à Lyon 6 rue François Dauphin et décédée à l’hôpital de Tarare le 20 juillet 1994.
Fille de Joannès Pradel charcutier et de Jeanne Bonnepart corsetière, elle fut prénommée Louise Antoinette.
Sa mère étant originaire de Savigny, elle venait régulièrement chez ses grands-parents .
A partir de 1918 la famille s’installa à Savigny.
Elle me fait penser aux religieuses hospitalières qui ont été complètement oubliées.
A Savigny nous n’avons même pas conservé sa tombe au cimetière.
J’espère que cet article lui redonnera une reconnaissance méritée.
André Bouvier