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moines à table !

A RETENIR : 

Le repas est un acte communautaire, il est ritualisé et possède un caractère spirituel. Ce repas permet aux moines de récupérer des forces entre les offices et le travail. La journée est rythmée par un repas principal, un le soir et une collation. Le service du repas est assuré par les moines, dont leur rôle est attribué par leurs confrères. La liturgie a également une place importante dans la codification du repas et de sa ritualisation, la restauration des moines est un moment privilégié et prend une valeur symbolique mais aussi allégorique.

Que pouvaient manger les moines ? Comment étaient organisés le réfectoire et le repas ? La prise du repas est très codifiée et dictée par les règles monastiques mais également dictée selon les saisons et les fêtes. Ainsi, les horaires, le nombre et la quantité de repas n’est pas la même au cours de l’année. A Savigny, la prise et l’agencement du repas est en lien avec le rythme des offices durant l’année liturgique. Lors des jours de Carême, les moines mangent moins, seuls les enfants peuvent avoir une collation mi-journée, avant ou après Vêpres, appelé mixte (mixtum / mistum).

Dans une journée type (Fig. 1), le repas principal (le seul de la journée) est le prandium*. Il se déroule entre Sexte et None (Tab. 1). Il est servi deux fois par jours, surtout en été ; pour les grandes fêtes ou fêtes solennelles, comme Noël, une double ration est distribuée aux moines. Lors du jeûne, le prandium est servi soit après None ou Vêpres (Carême) et n’est composé d’un seul repas. Le soir, la cena* est un repas léger servi entre Vêpres et les Complies (Fig. 1), c’est à ce moment qu’à lieu le dernier acte de prière de la journée. Une collation peut être également proposé aux moines, la karitas, pris au moment de la collacia (lecture des complies) ou après None, sous forme d’un rafraichissement de verre de vin

Le service des repas est organisé par les moines, eux-mêmes choisis pour s’occuper de la cuisine et du réfectoire. La codification de la cuisine et du réfectoire est dictée par la Règle de Saint-Benoît. L’organisation du personnel n’est pas connue dans son entièreté, seul quelques rôles sont identifiés. Les moines qui s’occupent de la cuisine sont les frères hebdomadiers (ebdomadarii quoquine), ils sont désignés chaque semaine par les autres moines. Ces frères sont supervisés par le réfectorier (refectorarius), il détient l’office du réfectoire. Son rôle est important puisqu’il a la charge de l’entretien du réfectoire et des galeries proches, de donner le signal à l’heure des repas et de la collation, de veiller à la propreté des nappes ou encore de coordonner le service au réfectoire. Enfin, le moine chargé de l’approvisionnement de la nourriture est le camérier (camerarius) ou cellérier (cellararius), seul le moine le plus sage est choisi pour cette tâche, les gourmands n’étant pas les plus fiables pour cette tâche !

La liturgie a également une place importante, elle encadre le repas lors de lectures. La première est le lector mense, les moines rendent grâce à Dieu lors de ce repas qui est pris en silence avec interdiction de se lever. Seule une lecture à haute voix, réalisé par un lecteur hebdomadaire, est imposée afin d’éviter les distractions de l’esprit et de la nourriture. La seconde est composée bénédictions, le repas commence et se termine par des prières et des récitations de psaumes. L’abbé bénit les plats et les boissons.

Margot Chaput, avril 2025

POUR EN SAVOIR PLUS : 

GENDRY Pauline, « Liturgie et vie monastique à l’abbaye bénédictine Saint-Martin de Savigny d’après son ordinaire médiéval », Edition critique et commentaire du ms. Arch. Département du Rhône, 1H20, 2e quart du XIIIe siècle, Thèse pour le diplôme d’archiviste paléographe, Tome premier, 2012, 300p.

fig 1 A table les moines
figure 1 : Organisation des repas dans la journée selon les heures liturgiques
tableau 1 A table les moines
Tableau 1 : identification des heures liturgiques