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L’abbaye Saint-Martin

Abbaye dans savignyLes origines du monastère bénédictin Saint-Martin de Savigny ne sont pas connues : une légende ferait remonter sa fondation au VI ème siècle.

Un acte datant de 819 atteste l’existence de l’Abbaye Saint Martin dès l’époque carolingienne : le premier texte qui mentionne l’existence de l’abbaye  Saint Martin est de 819. Il s’agit de la Notitia de servicio monasteriorum, un acte de Louis le Pieux la mentionne parmi les maisons religieuses qui devaient des prières à l’empereur.  Les premières sources datent du début du IX ème siècle, dans le cartulaire de l’Abbaye de Savigny, qui mentionne un monastère à Sabiniacus.

Au IX ème siècle, l’histoire de l’abbaye se confond avec avec celle des plateaux lyonnais avec une autorité centrale des évêques. Elle est placée par Lothaire sous la dépendance de l’église de Lyon et lui doit obéissance. Au milieu du X ème siècle, elle souffre d’une série d’invasions, est dévastée et pillée par les Hongrois

Son développement :

Après les invasions hongroise de la première moitié du X ème siècle, la puissance spirituelle et temporelle de l’abbaye s’affermit pour atteindre son apogée au XII ème siècle. Elle parvint bientôt à un degré de puissance et de richesse, qui ne fit que s’accroître, pendant tout le cours du Moyen Age.  Un grand nombre d’églises de nos campagnes lui doivent leur fondation, et demeurèrent sous son patronage jusqu’à la Révolution. Enrichie surtout par les nombreuses donations, déterminées par la terreur inspirée par l’approche de l’an mille, elle  fonda de nombreux prieurés dont les principaux étaient ceux d’Ancy, d’Amas, de Courzieu, de Marcy-sur-Anse, de Montrottier, de Mornant,de Noailly, de Randans, de Tarare, de Ternant, de Saint-Clément-sur-Valsonne, de Saint-Nizier-d’Azergues et de Salt-en-Donzy.

Le prieuré de Talloires, sur les bords du lac d’Annecy, dépendait aussi de Savigny. A cette époque, plusieurs abbés embellissent le monastère et son église (nombreuses pièces sculptées issues de cette époque sont conservées dans le musée lapidaire de Savigny). Ces derniers installent leur autorité sur un territoire important : incluant une partie des monts de Tarare et la vallée de la Brévenne, ainsi que des possessions dans l’actuel département de la Loire, dans les diocèses de Sainte, Die, Genève et Lausanne. Placée à  la charnière du Lyonnais, du Beaujolais et du Forez, l’abbaye dut faire face aux ambitions du comte de Forez, du sire de Beaujeu et de l’archevêque de Lyon.

La position de l’Abbaye devint délicate quand le Forez passa sous la domination de l’archevêque de Lyon, Renaud de Forez de 1203 à 1217.

Après 1312, l’abbaye resta soumise à l’église de Lyon.

Les abbés de Savigny ont mené, jusqu’à la fin du XII ème siècle, une politique assez habile en Lyonnais, centrée sur la défense de leur abbaye et de son patrimoine face à la rivalité qui ne pouvait qu’opposer dans l’ensemble de la région les trois seigneuries  : l’église de Lyon, le comte de Forez et le sire de Beaujeu. Cette recherche d’équilibre régional s’est accompagnée d’une solide politique de construction de châteaux et forteresses ayant une double fonction : militaire  (protection contre tout danger extérieur), administrative (sièges d’exercice des pouvoirs seigneuriaux, judiciaires notamment,  et économiques). XII éme siècle, les abbés de Savigny firent construire le château de Montbloy à Sain Bel, les forteresses de Chessy et de Saint-Romain de Popey et ils firent fortifier le prieuré de Tarare.

Au XIII ème au XIV ème siècle, Savigny était à la tête d’une congrégation importante qui comptait des maisons conventuelles d’hommes et de femmes, 38 prieurés et environ 165 paroisses. Les prieurés étaient des petites dépendances, où ne résidaient qu’un tout petit nombre de religieux, soumis à l’abbé .Elle étendit aussi son influence en créant aussi des prieurés ruraux sous l’autorité d’un prieur nommé par l’abbé.Maquette de l'Abbaye

Le rôle du prieur consistait à gérer les biens des domaines et à administrer les paroisses. Il devait verser une redevance à l’Abbaye en nature ou en argent. L’abbaye de Savigny, a su aussi préserver son indépendance, en recherchant la protection de ses voisins et en édifiant des forteresses pour protéger son territoire. Les forteresses de Montrottier et de l’Arbresle qui gardait la vallée de la Brévenne protégeaient leur prieuré.

 

La famille d’Albon

Jusqu’au XIV ème siècle, les abbés étaient élus par les moines réunis en assemblée. Puis, du XIV au XVII èmes, la charge devint « héréditaire » dans la famille d’Albon. Guillaume I d’Albon était prieur de Montrottier lorsqu’il fut appelé à la charge d’abbé. Il fit reconstruire le château de Sain-bel qui devint alors la résidence des abbés.
Parmi tous les prieurs de la famille d’Albon qui se sont succédés à la tête de l’abbaye, il est à signaler Antoine d’Albon (1521-1573)  : il avait 13 ans lorsqu’il fut nommé abbé par François I er. Il devint par la suite abbé de l’Ile-Barbe et archevêque d’Arles, avant d’être nommé archevêque de Lyon en 1563. Sous son gouvernement, le baron des Adrets, à la tête d’une troupe de protestants, s’empara de Savigny et la saccagea.  En 1691, Jacques Bénigne Bossuet fut nommé par le roi abbé de Savigny. Il était neveu de l’évêque  de Meaux. Mais il préféra un   « poste » plus important (le siège de  Troyes) et quitta sa charge en 1717.

Le déclin :

Son déclin s’amorça au début du XV ème siècle, lorsque le roi et l’archevêque intervinrent dans la nomination des abbés. Mais la décadence de l’abbaye commença, au XVI ème siècle, quand elle fut soumise à des abbés commendataires non tenus à résidence. Elle fut consommée par l’application constante de la règle qui exigeait, pour l’admission des religieux, la preuve de quatre quartiers de noblesse, tant du côté paternel que du côté maternel. En effet,  pendant les deux derniers siècles, les cadets des familles nobles préférèrent la gloire militaire à la vie du cloître, et la nouvelle noblesse d’échevinage ne pouvait justifier toujours de preuves nobiliaires suffisantes

A la mort de François d’Albon, son neveu Antoine, nommé par François I er, le remplaça sur le siège abbatial. Il vivait plus en grand Seigneur qu’en ecclésiastique. La charge étant devenue purement honorifique, les abbés n’étaient plus tenus à résidence et se contentaient de percevoir les revenus du domaine foncier.

En 1760, Savigny ne compte plus ainsi que quinze religieux. Vingt ans plus tard, ce nombre est réduit à onze, quand l’abbé commendataire, François de Clugny, évêque de Riez, qui ne vint jamais dans son abbaye, autorisé par des lettres patentes du 18 juillet 1779, consentit avec les prieurés de l’Argentière, d’Alix et de Leigneu, des traités qui attribuaient à ces trois monastères tous les biens de Savigny, après sa suppression. Les moines demandèrent eux-mêmes au Pape, la sécularisation de l’abbaye, en se fondant sur ce que la régularité de la vie commune était devenue impossible par suite du petit nombre des religieux de leur âge ou de leur santé fragile.

Par une bulle du 9 des calendes de juillet 1780 (23 juin 1780), le pape Pie VI, considérant que « la sécularisation des monastères est une mesure utile, quand ils ne peuvent plus être administrés, suivant les règles de l’ordre, par suite du manque des religieux, leur âge ou leurs infirmités, releva les moines de tous leurs voeux, à l’exception de celui de chasteté, et leur permit de se retirer où bon leur semblerait, en leur assurant toutefois les revenus de leur office et les pensions que devait leur assurer l’archevêque de Lyon. Les religieux demeuraient seulement chargés de la disposition de l’église abbatiale et des autres édifices.

A la révolution, presque tous les bâtiments ecclésiastiques furent détruits. Les lieux de culte et bâtiments monastiques ont été pillés, puis achetés par des particuliers qui les ont alors utilisés pour installer leurs habitations contemporaines ou détruits pour vendre leurs matériaux de construction.Certains chapiteaux ont été sauvés et ils seront regroupés dans un musée lapidaire.

L’Abbaye de Savigny au XIXème siècle. Gravure de J. J de Boissieur. Cabinet des Estampes du Louvre

La seule gravure sur laquelle figure l’abbaye de Savigny est une eau-forte intitulée  « Le chantier. »Elle représente une scène de pêche au bord du Trésoncle, le ruisseau qui coule en contrebas du village .Le monastère apparaît dans l’angle supérieur gauche, sur la rive même du ruisseau.Une fois agrandie, la représentation de l’abbaye affiche les caractéristiques attendues pour un grand monastère : des tours, des murailles, une grande église avec son clocher, qui crée, d’un point de vue esthétique, un élan vertical contrastant avec les lignes horizontales du paysage. Les seuls éléments architecturaux qui soient visibles dans le cas de l’église sont les parties hautes du clocher et le couvrement de la nef. L’artiste a adapté les vestiges de l’abbaye selon son interprétation

 

Les archives de l’abbaye de Savigny sont conservées aux Archives départementales du Rhône (sous-série 1 H).